Le « ciel et la terre » vont-ils vraiment disparaître ? (1)

Math 5:17-18 « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. »

Si l’on interprète, comme on a coutume de le faire, l’expression « le ciel et la terre » dont Jésus parle, par notre ciel et planète terre physiques, il paraît évident que ce temps n’est pas encore arrivé. Mais dans ce cas on pourrait donc aussi en déduire que la loi est toujours en vigueur aujourd’hui. Mais est-ce vraiment le cas ? Certainement pas ! Car les sacrifices, fêtes et rites, qui étaient « l’ombre (ou préfigurations) des choses à venir en Christ » (Col.2:17) ont bien disparus avec la destruction du temple en 70 après JC. Jésus Christ est venu accomplir tout ce qui était prophétisé dans la loi et qui le concernait lui-même. « Christ est la fin de la loi » dira Paul (Rom.10:4). Malheureusement aujourd’hui, il y a une majorité de prédicateurs qui affirment que la loi n’a plus lieu d’être mais paradoxalement refusent de croire que « le ciel et la terre » sont passés. Ils maintiennent le fait que cela aura lieu dans le futur, lorsque Dieu jugera le monde. Et si « le ciel et la terre » évoqués par Jésus, n’étaient pas le ciel et la terre physiques dans lesquels nous vivons ? Un problème évident de compréhension subsiste dans ce que Jésus a bien pu vouloir dire. C’est la raison pour laquelle une mauvaise interprétation de ce texte a conduit, selon moi, à des erreurs, tout au long de l’histoire de l’église,. Nous allons découvrir que, d’après le contexte historique juif de l’époque, le sens des mots « ciel et terre », avait en fait une tout autre signification. Voyez par exemple ce qu’observait le célèbre théologien anglais John Lightfoot (1602-1675), concernant la manière dont « le ciel et la terre » étaient utilisés dans le Nouveau testament :

« le « ciel et la terre qui passent » sont la destruction de Jerusalem et de toute la nation juive … comme si la forme de ce monde disparaissait » (1).

En effet, nous allons nous rendre compte que de nombreux passages de l’Ancien Testament montrent que lorsque « le ciel et la terre » étaient évoqués, cela représentait une nation ou un royaume qui étaient conquis et détruits par une armée étrangère. On peut notamment voir cette représentation symbolique dans quatre passages.

Le premier se trouve chez le prophète Ezéchiel. Dans ce contexte, le prophète annonce à Pharaon, roi d’Egypte, l’imminente défaite que son pays subira aux mains des Babyloniens, qui s’est produite au 6 ème siècle avant J.C. :

Ezéchiel. 32: 7-9: « Quand je t’éteindrai, je voilerai les cieuxet j’obscurcirai leurs étoiles, Je couvrirai le soleil de nuages, et la lune ne donnera plus sa lumière. J’obscurcirai à cause de toi tous les luminaires des cieux, Et je répandrai les ténèbres sur ton pays, dit le Seigneur, l’Eternel. J’affligerai le cœur de beaucoup de peuples, quand j’annoncerai ta ruine parmi les nations à des pays que tu ne connaissais pas. ». Ici, l’imagerie utilisée pour caractériser la destruction des cieux est évoquée par les étoiles, le soleil, et la lune qui s’obscurcissent et perdent leur lumière.

Chez le prophète Jérémie, il est évoqué la destruction du royaume de Juda par l’armée babylonienne, qui eut lieu également au 6ème siècle avant J.C :

Jérémie 4: 23-26 : « Je regarde la terre, et voici, elle est informe et vide ; Les cieux, et leur lumière a disparu. Je regarde les montagnes, et voici, elles sont ébranlées ; Et toutes les collines chancellent. Je regarde, et voici, il n’y a point d’homme ; et tous les oiseaux des cieux ont pris la fuite. Je regarde, et voici, le Carmel est un désert ; et toutes ses villes sont détruites, devant l’Eternel, devant son ardente colère. ». Les termes utilisés dans ce passage sont typiques du langage imagé apocalyptique, très fréquents chez les prophètes. « La terre, (représentant ici Israël) était informe et vide », même termes que le célèbre verset de Genèse 1:2. Ce jour de ténèbres pour Israël est décrit de telle manière que le ciel et la terre semblent avoir été détruits, car au v.23 «  Les cieux, et leur lumière ont disparu » . Il semblerait qu’on assiste à l’inverse de ce qui s’est passé lors de la création évoquée dans le livre de la Genèse : c’est ici une sorte de dé-création. On trouve une image semblable chez le prophète Esaïe, lorsqu’il décrit la chute de Babylone, qui eut lieu en 539 avant J.C. :

Esaïe 13: 9-13: « Voici, le jour de l’Eternel arrive, jour cruel, jour de colère et d’ardente fureur, qui réduira la terre en solitude, et en exterminera les pécheurs. Car les étoiles des cieux et leurs astresne feront plus briller leur lumière,le soleil s’obscurcira dès son lever, et la lune ne fera plus luire sa clarté. Je punirai le monde pour sa malice, et les méchants pour leurs iniquités ; je ferai cesser l’orgueil des hautains, et j’abattrai l’arrogance des tyrans. Je rendrai les hommes plus rares que l’or fin, je les rendrai plus rares que l’or d’Ophir. C’est pourquoi j’ébranlerai les cieux, et la terre sera secouée sur sa base, par la colère de l’Eternel des armées, au jour de son ardente fureur. ». Babylone a bien été détruite d’après l’histoire, mais les cieux, les astres et la terre subsistent encore de nos jours.Et comment ne pas rapprocher la fin ce texte de celui du livre des Hébreux, lorsqu’il est aussi fait allusion aux cieux et à la terre qui seront secoués (ou ébranlés) : Heb 12:26-27  » Lui, dont la voix alors ébranla la terre, et qui maintenant a fait cette promesse : Une fois encore j’ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. Ces mots : une fois encore, indiquent le changement (ce mot du grec « metathesis »peut aussi être traduit par : le transfert, l’enlèvement) des choses ébranlées, comme étant faites pour un temps, afin que les choses inébranlables subsistent. ». L’auteur des Hébreux indique que ce qui a été ébranlé sera enlevé, pour laisser place à ce qui est inébranlable. Ici, dans le contexte, il est bien sûr fait allusion à l’Ancienne alliance qui disparaîtra pour laisser place à la Nouvelle alliance : «  En disant : une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne ; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître. » (Héb. 8:13).

Voici ce que j’ai pu lire de très éclairant dans un site chrétien américain (2) :

« Si l’on considère plus attentivement les métaphores utilisées comme le « soleil, la lune ou les astres », on peut aussi y voir les symboles des représentants politiques et/ou religieux d’une cité ou d’une nation de cette époque. Rappelons-nous l’épisode du songe de Joseph : Gen.37: 9-10 « Il eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devant toi ? ». Dans Gen. 1:16, le soleil et la lune «gouvernent» le jour et la nuit. Dans le rêve de Joseph, le soleil, la lune et les étoiles sont des symboles d’autorité. Ainsi, le soleil, la lune et les étoiles sont des symboles pour les autorités du pays, car ils sont au-dessus de la terre, éclairant tous ceux qui se trouvent dans le pays. De même, lorsque Jésus prédit la fin du soleil, de la lune et des étoiles, il parle du renversement des dirigeants juifs lorsque leur nation est détruite, ce que craignaient précisément les dirigeants juifs (Jean 11:48). Ce même symbolisme est utilisé à propos de la Nouvelle Jérusalem. Dans cette ville, il n’y a pas besoin de soleil ou de lune, puisque le Père et le Fils fournissent toute la lumière nécessaire (Ap 21:23).»

Notre quatrième exemple de destruction du « ciel et de la terre » est évoqué lors de la destruction d’Edom dans Esaïe 34, et qui eut lieu également au 6ème s. avant J.C. :

Esaïe 34:4-5 « Toute l’armée des cieux se dissout ; Les cieux sont roulés comme un livre, et toute leur armée tombe, comme tombe la feuille de la vigne, comme tombe celle du figuier. Mon épée s’est enivrée dans les cieux ; voici, elle va descendre sur Edom, sur le peuple que j’ai voué à l’extermination, pour le châtier. ». Une semblable métaphore « d’un tremblement de terre, du ciel qui est roulé comme un livre et des étoiles qui tombent du ciel », est aussi utilisée dans Apocalypse 6:12-14 pour signifier le temps de la fin.

Comme on vient de le voir avec ces quatre exemples, les thèmes récurrents sont à chaque fois « le soleil et la lune qui s’obscurcissent ou sont dissous…la terre qui tremble, ou les astres qui tombent du ciel » et à chaque fois l’histoire nous montre qu’il n’y a jamais eu littéralement de tels phénomènes dans le domaine physique. Ces images sont toujours liées à la conquête ou destruction d’un royaume ou d’une nation.

Lorsque Jésus dira, dans ce même langage imagé, dans Mathieu 24:34-35 « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » , Il veut simplement indiquer la destruction que subiront Jérusalem et son Temple en l’an 70 après J.C. Il nous est aussi indiqué que cet événement aura lieu lors de « Sa venue dans les nuées » où il y aura (au verset 29 🙂 des jours de détresse, que « le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. ».  Cela a conduit de nombreux sceptiques à se moquer de Jésus pour avoir eu tort, et cela a conduit de nombreux chrétiens à développer des interprétations toutes aussi confuses et bizarres les unes que les autres. Mais Jésus avait tout à fait raison, ces événements se sont accomplis dans « cette génération » (voir aussi Math. 23:34-38, Marc 13:30-31, Luc 21:32-33). 

Tout comme Jérémie (Jérémie 4:23) a prophétisé la perte de Jérusalem dans sa génération, Jésus décrit la destruction à venir de Jérusalem comme la destruction des cieux et de la terre. L’histoire témoigne que Jérusalem et le Temple ont été détruits environ quarante ans plus tard en l’an 70, exactement le temps d’une génération.

Voici une interprétation très intéressante de l’expression « ciel et terre » qui est faite par l’historien juif Flavius Josèphe, contemporain des événements du 1er siècle, personnage issu d’une lignée de prêtres juifs. Il dira, lorsqu’il décrit le tabernacle de Moïse dans un de ses écrits :

« Ainsi pour le tabernacle, qui a trente coudées de long, en le divisant en trois parties et en en abandonnant deux aux prêtres comme un lieu accessible à tous, Moïse représente la terre et la mer, lesquelles sont, en effet, accessibles à tous ; mais la troisième partie, il l’a réservée à Dieu seul, parce que le ciel aussi est inaccessible aux hommes » (Flavius Josephe, Antiquités judaiques, Livre 3, châp.7, paragraphe 7, Trad. de Théodore Reinach, révisée: 1900-1932)

« En effet, la troisième partie, en dedans des quatre solives, qui était inaccessible aux prêtres, s’ouvrait comme le ciel à Dieu ; l’espace des vingt coudées, comme la terre et la mer sont accessibles aux hommes, était de même accordée aux seuls prêtres.» (Flavius Josephe, Antiquités judaiques, Livre 3, châp.6, paragraph.4).

Par ce témoignage, nous constatons que «le ciel et la terre» pouvaient aussi évoquer, pour les juifs du 1er siècle, le tabernacle, autrement dit le temple de Jérusalem ! En effet, pour le peuple juif, c’était bien dans cet endroit sacré que le ciel et la terre étaient réunis. Et c’est dans la troisième partie de ce temple, appelée le lieu très saint, que demeurait la présence de Dieu. Pour la nation juive de l’époque, le temple était tout pour eux. Il représentait le centre du monde, le centre de leur monde et de leur nation.

(1) the four volume series, « A Commentary on the New Testament from the Talmud and Hebraica »

(2) https://adammaarschalk.com/2014/06/20/guest-post-the-biblical-heavens-and-earth-part-2-of-3/

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